lundi 9 juillet 2012

Émission sur les non-parents sur France Inter

On m'a avisée que France Inter a diffusé récemment une émission sur les non-parents intitulée Mutants : Les nullipares avec entre autres mon amie Véronique Cazot, l'auteure de la BD Et toi, quand est-ce que tu t'y mets?

Vous pouvez l'écouter ici.

lundi 2 juillet 2012

La maternité, un désir biologique?

Un lecteur et blogeur nous fait cadeau de ce texte. Merci, Olivier Chacornac, de "Tu penses comme tout le monde".
La maternité est un désir biologique
On entend parfois dire qu’arrivées à un certain âge, les femmes ressentent le besoin d’avoir des enfants. Certains avancent même qu’il s’agit là d’un instinct maternel, une sorte de pulsion biologique créant chez la femme le désir de procréer. L’idée semble assez répandue, étant donné qu’il est fréquent qu’une femme, lorsqu’elle évoque son absence d’intérêt face à la maternité, se voit répondre « tu verras, ça viendra », comme s’il s’agissait là d’un incontournable dans la vie d’une femme. Mais les sciences tiennent un autre discours à ce sujet.

Commençons par aborder la question du point de vue de l’évolution. Nous sommes des mammifères, et nous partageons le même mode de reproduction avec l’ensemble des mammifères : accouplement, fécondation, grossesse et finalement mise au monde d’un nouvel (ou de nouveaux) individu(s). Il serait aberrant de parler d’un désir de maternité d’origine biologique chez les marmottes. Elles se contentent de suivre quelques instincts de base pour procréer et faire survivre leur espèce : instinct sexuel (accouplement) et instinct de protection et de satisfaction des besoins essentiels de la progéniture. Et il en est de même pour tous les mammifères, y compris l’humain. Mêmes si nos comportements sont hautement plus complexes que ceux des autres mammifères, le schéma reproductif ne change pas. Peut-on cependant penser que l’évolution a créé chez l’humain, en plus des instincts sexuels, un instinct créant un désir d’enfant ? Ceci est théoriquement impossible pour deux raisons :

1 – Les instincts sexuels sont largement suffisants pour assurer la procréation et la perpétuation de l’espèce. Du point de vue évolutif, l’apparition d’un instinct supplémentaire n’apportant pas de bénéfice à la survie de l’espèce est très peu probable.

2 – L’homo sapiens (l’homme moderne) est apparu il y a plus de 200 000 ans. Pourtant, il n’a fait le lien entre la sexualité et la reproduction que tardivement, à l’époque où il commençait à être éleveur, il y a environ 10 000 ans. Avant cela, l’apparition d’un “gène du désir d’enfant” est impossible étant donné que l’homme ignorait comment procéder pour procréer. Et nos gènes n’ayant pratiquement pas changé en plus de 200 000 ans, il est impossible que l’évolution ait façonné un tel désir en seulement 10 000 ans.

Dans ce cas, d’où vient ce désir d’avoir des enfants ? S’il n’est pas d’origine biologique, c’est qu’il est d’origine sociale. Si l’évolution n’a pas implanté en nous ce désir, elle s’est tout de même assurer de nous donner quelques instincts de base pour faire de nous de bons parents. C’est cela qui fait que l’on trouve les enfants mignons et que l’on ai envie de s’occuper d’eux. Le fait de côtoyer des parents et leurs enfants, de voir la satisfaction que cela apporte sont autant d’éléments qui peuvent donner envie de devenir parent. 

Il existe aussi d’autres facteurs, moins enviables, comme la pression sociale : cette image de nos sociétés modernes qui fait qu’une famille épanouie est une famille avec enfants, qu’une femme accomplie est nécessairement une mère, et parfois la pression des parents qui réclament des petits-enfants.

Une autre observation que l’on peut faire et qui soutient l’origine non biologique du désir de maternité (ou de parentalité car cela concerne aussi bien les hommes) est qu’il existe des couples ne souhaitant pas avoir d’enfants, des childfree. Leurs motivations sont diverses, mais la principale avancée est un désintérêt face à la parentalité : avoir des enfants ne les intéresse tout simplement pas. Ils ne détestent pas les enfants (ils peuvent même apprécier ceux des autres), mais avoir les leurs ne les attire pas ou peu. Si la maternité était un désir biologique, on pourrait considérer les chilfree comme des individus anormaux. Fort heureusement, ce n’est pas le cas. Après tout, dans des sociétés où la contraception est très accessible, la sexualité et la procréation sont deux choses bien distinctes. Avoir des enfants n’est plus la conséquence de nos activités sexuelles, c’est désormais un choix.

Et puis il y a tout de même quelque chose de fondamentalement antiféministe à considérer que le désir d’avoir des enfants a une origine biologique. Cela réduit la femme à une machine à procréer, incapable de faire un choix de vie de la plus grande importance : celui d’avoir ou non des enfants. Les féministes ont beaucoup lutté pour le droit et l’accès à la contraception car celle-ci participe à l’émancipation des femmes : elle leur donne le choix de faire des enfants ou non, et si oui, elle leur permet de choisir le moment souhaité. Attribuer une origine biologique au désir de faire des enfants, c’est faire reculer les mentalités au sujet de la libération des femmes, marginaliser les “childfree” et oublier une partie de ce que la science a permis en matière de progrès humain. Et au XXIème siècle, il est plus que nécessaire de déconstruire ce mythe.